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Le 18 juillet 20268 min de lectureBertran Ruiz

Pourquoi vos meilleures idées meurent en réunion et vos pires projets survivent en COMEX

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Bertran RuizBertran Ruiz

dans Il était une fois un CODIR

Le 18 juillet 2026

Il était une fois un CODIR — la newsletter de Bertran Ruiz

Deux scènes, dans n'importe quelle organisation, la même semaine.

Première scène : un directeur influent défend son projet en COMEX. Le retour sur investissement est douteux, tout le monde le sent, mais il a du poids, de la voix, un historique. Le projet passe. Il consommera du budget et des équipes pendant des mois avant que quiconque ose dire qu'il n'aurait jamais dû démarrer.

Deuxième scène, trois étages plus bas : quelqu'un de bien câblé, qui connaît son terrain sur le bout des doigts, a une idée qui vaut de l'or. Un ajustement simple, à fort retour, faible coût. Il en parle en réunion d'équipe. C'est noté nulle part. Ça ne remonte jamais. L'idée s'éteint, et personne ne saura jamais qu'elle a existé.

Ces deux scènes sont le même problème. Dans les deux cas, ce n'est pas la valeur qui a décidé, c'est le grade. Un mauvais projet a survécu parce qu'un gradé le portait ; une bonne idée est morte parce que personne d'important ne la portait. Même biais, deux directions.

La gestion de la demande, c'est précisément l'organe qui corrige ça. À condition de comprendre ce qu'elle est vraiment.

La demande n'est pas un péage.

La gestion de la demande, c'est le point d'entrée de tout ce qui pourrait devenir un projet dans votre organisation. Chaque idée, chaque « il faudrait qu'on fasse », chaque demande d'une direction métier passe par là, ou devrait.

La plupart des gens la réduisent à un filtre : canaliser, dire non, éviter qu'on lance tout et n'importe quoi. C'est vrai, mais c'est la moitié du travail, et la moins rentable. Parce qu'un péage ne fait qu'arrêter. C'est une posture défensive, et une organisation qui ne pense sa demande que comme un poste de contrôle passe son temps à se protéger d'elle-même.

Son vrai rôle est double. D'un côté, elle tue tôt les projets à faible retour, avant qu'ils ne dévorent du budget, y compris quand un sponsor influent pousse pour les garder. De l'autre, et c'est le gisement caché, elle fait remonter les bonnes idées à fort potentiel qui meurent aujourd'hui en silence, faute de canal ou parce qu'elles viennent de gens sans poids politique.

Ces deux mouvements n'en font qu'un. Le principe qui les relie tient en une phrase : ce qui remonte à l'arbitrage doit être sélectionné sur sa valeur, pas sur le grade de qui le porte. Tout le reste en découle.

Tuer tôt ce que le grade protège.

Commençons par le côté que vous croyez maîtriser : dire non. Sauf que le vrai sujet n'est pas de dire non. C'est de dire non tôt, et de le dire même quand celui qui pousse a du galon.

Le coût d'un mauvais projet n'est pas fixe. Un projet à faible retour tué au premier mois ne coûte presque rien : une conversation, un cadrage, un arbitrage. Le même projet tué au neuvième mois a déjà mobilisé des équipes, grignoté le budget, déplacé d'autres priorités, et sera devenu politiquement impossible à arrêter parce que trop de gens y ont mis de l'énergie. On ne tue pas un projet dans lequel un directeur a investi neuf mois de crédit personnel. On le laisse vivre, et il continue de coûter.

D'où l'importance de qualifier vite et de qualifier pareil pour tous. Une demande portée par un directeur influent et une demande portée par un chef de projet doivent être décrites de la même façon, reliées à une valeur attendue et à une capacité, posées sur la même table. Le jour où le retour sur investissement est jugé sur pièces et pas sur la voix de celui qui parle, le mauvais projet du gradé ne passe plus. Non pas parce qu'on a bridé le directeur, mais parce que le système a cessé de confondre conviction et valeur.

C'est le premier gisement : l'argent qu'on ne gaspille pas sur des projets qui n'auraient jamais dû exister, parce qu'on les a arrêtés quand ils ne coûtaient encore rien.

Sauver ce que l'absence de grade condamne.

L'autre mouvement est plus discret, et c'est le plus rentable des deux.

D'abord, débarrassons-nous d'une illusion. On croit que la valeur cachée se trouve dans les grands projets. Elle n'y est presque jamais. Le changement de CRM, la refonte de l'ERP, le grand programme de transformation, ce sont les gros cailloux : ils se voient tout seuls, ils ont un sponsor, ils s'imposent dans tous les arbitrages. Personne ne rate un gros caillou. Pire, ils aspirent toute l'attention et toute l'énergie politique disponible, et pendant qu'on débat pour la troisième fois du planning du nouveau CRM, personne ne regarde ailleurs.

Or c'est ailleurs que se cache l'aiguille dans la botte de foin. La feature réclamée par trois régions à la fois. L'ajustement de process qui ferait gagner deux jours à cinquante personnes. L'idée à fort retour et faible coût qui remonte du terrain. Ces choses-là ne s'imposent pas d'elles-mêmes. Elles n'ont pas de sponsor. Et c'est exactement pour ça qu'elles se perdent.

Que devient une bonne idée portée par quelqu'un sans titre ni poids politique ? Elle meurt. Pas par une décision : personne ne s'assoit pour dire « cette idée est mauvaise ». C'est plus insidieux. Il n'existe aucun canal pour qu'elle monte, elle n'est jamais qualifiée, jamais comparée aux autres, et elle s'éteint faute d'oxygène. Le biais universel des organisations fait le reste : ce qui remonte, ce n'est pas ce qui a le plus de valeur, c'est ce qui a le plus de voix. On appelle ça poliment la hiérarchie. En pratique, c'est un filtre qui sélectionne le grade et pas la valeur.

Voilà la vérité qu'aucun tableau de bord ne vous montrera : votre organisation tue ses meilleures idées sans le savoir. Et chaque pépite qu'on laisse s'éteindre est un gain qui n'apparaîtra jamais dans les comptes, parce qu'on ne compte jamais ce qu'on n'a pas fait.

Écouter tout sans se noyer.

À ce stade, l'objection tombe, et elle est légitime : « si j'ouvre la porte à toutes les idées de toute l'organisation, je croule. » C'est vrai. Et c'est précisément cette peur du volume qui pousse à filtrer par défaut, à fermer les vannes, à ne laisser passer que ce qui vient d'en haut. On dit non au flot par crainte de se noyer, et en fermant la porte au bruit, on la ferme aussi aux pépites.

C'est là que le dispositif change tout. Capter sans se noyer suppose trois choses, et aucune n'est un miracle technologique.

Une porte d'entrée unique, d'abord. Toute idée, d'où qu'elle vienne, entre par le même endroit, pas par un formulaire enterré que personne ne remplit. Une qualification identique pour tous, ensuite : chaque demande décrite de la même manière, reliée à une valeur et à une capacité, de sorte qu'on la juge sur ce qu'elle vaut et non sur qui la porte. C'est cette standardisation, aussi banale soit-elle, qui neutralise le grade. Enfin, de quoi absorber le bruit. C'est le rôle de l'intelligence artificielle dans AirSaas : elle ne décide pas à votre place et ne repère pas l'aiguille toute seule, elle rend l'écoute soutenable. Elle qualifie, regroupe les demandes qui se ressemblent, rapproche la même idée remontée de trois endroits différents, résume, et vous présente un paysage clair au lieu d'une avalanche.

Le dirigeant garde tout son jugement. Il perd seulement le bruit. « Tout écouter » cesse d'être synonyme de « tout subir », et l'on peut enfin ouvrir grand la porte sans que personne ne se noie.

C'est précisément ce que fait la gestion de la demande dans AirSaas : une porte d'entrée unique, une qualification identique pour tous, et une IA qui absorbe le bruit pour vous présenter un paysage clair au lieu d'une avalanche.

Choisir sur la valeur, c'est un acte de direction.

Ce que veut au fond un bon DG, un bon DSI, un bon directeur de la transformation ou des opérations, ce n'est pas de piloter des projets. C'est d'être certain de deux choses en même temps : qu'aucun euro ne part dans un projet médiocre juste parce qu'un gradé l'a défendu, et qu'aucune idée en or ne meurt dans une agence juste parce que personne d'important ne l'a portée.

C'est ça, une gestion de la demande bien pensée. Pas un poste de péage à l'entrée du portefeuille. Un organe qui sélectionne la valeur et refuse de la confondre avec le grade. Elle économise l'argent qu'on aurait gaspillé et capte la valeur qu'on aurait perdue, et ces deux gains sont les deux visages d'un même geste. Elle fait souvent remonter plus qu'une idée, d'ailleurs : elle révèle la personne qui l'a portée, ce collaborateur bien câblé qu'aucun organigramme ne signalait.

Une organisation ne manque presque jamais de bonnes idées, ni de la lucidité pour repérer les mauvaises. Elle manque d'un système qui juge sur la valeur plutôt que sur le volume sonore. Alors la prochaine fois que vous validez votre portefeuille, posez les deux questions ensemble : qu'est-ce qu'on finance aujourd'hui qui ne le mérite pas, et qu'est-ce qu'on est en train de rater, là, maintenant, faute de l'avoir écouté ?

Le grade sait se faire entendre. La valeur, elle, a besoin qu'on aille la chercher.

Cet article a d'abord paru dans ma newsletter LinkedIn Il était une fois un CODIR, où je raconte chaque quinzaine des situations vécues en comité de direction.

Arrêtez de financer le grade. Financez la valeur.

AirSaas outille la gestion de la demande : captez les bonnes idées qui remontent du terrain, tuez tôt les projets qui n'auraient jamais dû démarrer.

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